{"id":1058,"date":"2017-10-18T18:43:28","date_gmt":"2017-10-18T17:43:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/?p=1058"},"modified":"2017-10-19T07:27:25","modified_gmt":"2017-10-19T06:27:25","slug":"du-texte-a-lecran-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/?p=1058","title":{"rendered":"Le cin\u00e9ma am\u00e9ricain et l&rsquo;id\u00e9ologie"},"content":{"rendered":"<p>Jean-Jacques Sadoux<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><b><span style=\"font-family: Calibri;\"><span style=\"color: #000000;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0<\/span><\/span><\/b><b>\u00a0A propos de <i>Gentleman Jim<\/i> de Raoul Walsh\u00a0<\/b><\/p>\n<p><b>Montage et id\u00e9ologie dans le cin\u00e9ma hollywoodien \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0<\/b><\/p>\n<p>Michel Cieutat faisait remarquer dans le premier volume des <i>Grands Th\u00e8mes du Cin\u00e9ma Am\u00e9ricain <\/i>(1)<i> <\/i>qu\u2019Abraham Lincoln et FD Roosevelt \u00e9taient parmi les hommes politiques am\u00e9ricains les plus souvent mentionn\u00e9s ou repr\u00e9sent\u00e9s alors que Thomas Jefferson lui \u00e9tait rarement cit\u00e9 nominativement et pratiquement jamais incarn\u00e9 par un acteur alors que sa philosophie politique est \u201ccelle qui d\u00e9tient manifestement la vedette sur la toile blanche depuis les origines du cin\u00e9ma am\u00e9ricain, ne serait ce que parce que le fer de lance du ma\u00eetre de Monticello, l\u2019individualisme, est la caract\u00e9ristique n\u00b01 du comportement de <i>l\u2019homo americanus<\/i> sur cellulo\u00efd.\u201d (2)<\/p>\n<p><b>L\u2019id\u00e9ologie de Thomas Jefferson<\/b><\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9ologie \u00e9galitaire de Jefferson impliquait une transformation du monde qui reposait sur l\u2019imposition d\u2019un ordre rationnel sur l\u2019\u00e9tat de sauvagerie naturelle de la terre. Jefferson, comme beaucoup de ses contemporains \u00e9tait mal \u00e0 l\u2019aise devant l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9, l\u2019incertitude et l\u2019inefficacit\u00e9. Sa conception du monde reposait sur la ligne droite, l\u2019ordre rectangulaire, la r\u00e9p\u00e9tition des formes g\u00e9om\u00e9triques. C\u2019est \u00e0 lui que l\u2019on doit le d\u00e9coupage si particulier du territoire des Etats Unis en rectangles subdivis\u00e9s en carr\u00e9s de six miles de c\u00f4t\u00e9 puis en section r\u00e9guli\u00e8res de plus en plus petites aboutissant \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de base de 40 acres, la superficie id\u00e9ale pour le petit fermier ind\u00e9pendant. C\u2019est de lui \u00e9galement que provient le d\u00e9coupage urbain avec des villes construites sur un plan en \u00e9chiquier o\u00f9 rues et avenues se coupent \u00e0 angle droit de mani\u00e8re \u00e0 pr\u00e9server un id\u00e9al d\u00e9mocratique d\u2019\u00e9galit\u00e9 et d\u2019harmonie.<\/p>\n<p>120 ou 130 ans plus tard, quand le cin\u00e9ma hollywoodien commencera \u00e0 se structurer, on retrouvera un \u00e9cho de l\u2019id\u00e9ologie jeffersonienne dans la rigueur, la rationalit\u00e9 et l\u2019esprit d\u00e9mocratique du cin\u00e9ma am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>Cela est particuli\u00e8rement net dans ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le montage invisible, un des traits les plus caract\u00e9ristiques du cin\u00e9ma d\u2019outre atlantique et qui a toujours assur\u00e9 aux films produits par l\u2019usine \u00e0 r\u00eaves une parfaite lisibilit\u00e9 pour les spectateurs du monde entier.<\/p>\n<p>Ce montage invisible privil\u00e9gie la clart\u00e9, l\u2019intelligibilit\u00e9 du langage cin\u00e9matographique en utilisant une \u00e9chelle des plans qui ne d\u00e9route pas le spectateur, mais restitue au contraire la perception visuelle de celui-ci\u00a0: plan rapproch\u00e9, plan moyen, plan g\u00e9n\u00e9ral. Utilisation de la technique du champ contre champ lorsque deux personnages dialoguent, respect du d\u00e9roulement chronologique des \u00e9v\u00e8nements, refus de tout proc\u00e9d\u00e9 stylistique qui entrainerait confusion ou d\u00e9sordre chez le spectateur non averti.<\/p>\n<p>De m\u00eame l\u2019extr\u00eame codification du cin\u00e9ma am\u00e9ricain classique en genres bien d\u00e9finis a toujours offert au public des rep\u00e8res dans lesquels il se retrouvait parfaitement.<\/p>\n<p><b>Gentleman Jim<\/b>, ou comment l\u2019id\u00e9ologie avance masqu\u00e9e<\/p>\n<p>Parfaite illustration du cin\u00e9ma hollywoodien classique, le film de Raoul Walsh\u00a0 offre une des premi\u00e8res codifications notables du genre connu sous le nom de \u00ab\u00a0<i>success story<\/i>\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ascension sociale et la r\u00e9ussite d\u2019un personnage issu d\u2019un groupe d\u00e9favoris\u00e9 et qui par sa seule \u00e9nergie, sa force de travail et sa volont\u00e9 de s\u2019\u00e9lever va parvenir au sommet\u00a0 sans \u00e9craser personne et sans faire appel \u00e0 des passe droits.<\/p>\n<p>Epiphanie de l\u2019individualisme et incarnation parfaite du r\u00eave am\u00e9ricain, le <i>self-made man<\/i> a \u00e9t\u00e9 maintes fois c\u00e9l\u00e9br\u00e9 dans la litt\u00e9rature ou le cin\u00e9ma. Croyant en lui-m\u00eame et dou\u00e9 d\u2019une personnalit\u00e9 optimiste, ce\u00a0 personnage\u00a0 occupe une place centrale dans l\u2019imaginaire\u00a0 \u00e9tasunien.<\/p>\n<p>Le premier \u00e0 avoir d\u00e9crit et d\u00e9fini ce concept fut le philosophe transcendantaliste Ralph Waldo Emerson dans un essai intitul\u00e9 <b>Self-Reliance<\/b> en 1841.\u00a0 Selon lui l\u2019individu a une dimension sacr\u00e9e, il ne doit compter que sur lui-m\u00eame et se faire confiance, rejeter la soumission \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 et \u00e0 tous les conformismes. Plus d\u2019un si\u00e8cle plus tard, en 1957, Eric Johnston pr\u00e9sident de la MPPA (Motion Picture Production of America) d\u00e9clarait\u00a0: \u00ab\u00a0Hollywood vend le concept que l\u2019homme est un individu non une masse. Hollywood vend le concept que l\u2019homme est fait pour \u00eatre libre et qu\u2019il le peut. Hollywood vend le concept que l\u2019homme peut refaire la soci\u00e9t\u00e9 comme il le souhaite.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><b>Gentleman Jim\u00a0 <\/b>s\u2019inscrit parfaitement dans cette c\u00e9l\u00e9bration de ce h\u00e9ros au statut initial modeste qui va parvenir gr\u00e2ce \u00e0 son talent exceptionnel au sommet. Il n\u2019incarne ni un prol\u00e9taire ni un bourgeois, mais un digne repr\u00e9sentant de la classe moyenne am\u00e9ricaine (employ\u00e9 de banque). Comme le rappelle fort justement R\u00e9gis Dubois dans son ouvrage <b>Hollywood, Cin\u00e9ma et<\/b> <b>Id\u00e9ologie <\/b>(Sulliver 2008)\u00a0: \u00ab\u00a0Ce choix appuy\u00e9 du cin\u00e9aste de\u00a0 clairement positionner son h\u00e9ros dans cet entre deux va dans le sens d\u2019une promotion\u00a0 des valeurs et du mod\u00e8le de la jeune Am\u00e9rique, pays de progr\u00e8s, creuset au sein duquel chaque arrivant est invit\u00e9 \u00e0 se fondre dans la classe moyenne.<\/p>\n<p>Un autre aspect int\u00e9ressant de l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019id\u00e9ologie dans ce grand film hollywoodien, c\u2019est l\u2019opposition est\/ouest qui structure un grand nombre de films am\u00e9ricains, particuli\u00e8rement les westerns.<\/p>\n<p>John L. Sullivan est originaire de Boston dans l\u2019est du pays\u00a0; il est tr\u00e8s marqu\u00e9 par la proximit\u00e9 culturelle avec la m\u00e8re patrie, son instructeur est celui du prince de Galles et son style de boxe est tourn\u00e9 vers le pass\u00e9.<\/p>\n<p>Par contre Jim Corbett vient de l\u2019Ouest (San Francisco), sa conception de la boxe est tourn\u00e9e vers le futur et il symbolise parfaitement une autre Am\u00e9rique s\u00fbre d\u2019elle et conqu\u00e9rante.<\/p>\n<p>Terminons en citant encore R\u00e9gis Dubois\u00a0: \u00abPour toutes ces raisons, on\u00a0 peut voir dans le film de Walsh, et d\u2019avantage encore \u00e0 travers son h\u00e9ros Jim Corbett, une m\u00e9taphore de l\u2019Am\u00e9rique , combattante, jeune et triomphante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<hr \/>\n<p>Notes<\/p>\n<ol>\n<li><i>Les Grands Th\u00e8mes du Cin\u00e9ma Am\u00e9ricain<\/i>, Cerf, 1988<\/li>\n<li><i> <\/i>Page 30<\/li>\n<\/ol>\n<p><b><\/b><b style=\"font-size: 1rem;\">\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0Jean-Jacques Sadoux<\/b><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Calibri;\">\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean-Jacques Sadoux<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1058","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-contributions"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1058","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1058"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1058\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1440,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1058\/revisions\/1440"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1058"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1058"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1058"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}