{"id":1087,"date":"2015-09-12T20:05:09","date_gmt":"2015-09-12T19:05:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/?p=1087"},"modified":"2017-03-23T17:25:16","modified_gmt":"2017-03-23T16:25:16","slug":"les-monstres-13-octobre-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/?p=1087","title":{"rendered":"Les Monstres &#8212;&#8211;13 octobre 2015"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1093\" src=\"http:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Les-Monstres.jpg\" alt=\"Les Monstres\" width=\"200\" height=\"274\" \/>De Dino Risi<\/p>\n<p>Avec : Vittorio Gassman<\/p>\n<p>Ugo Tognazi<\/p>\n<p>Sortie :1963<\/p>\n<p>Dur\u00e9e 118 mn<\/p>\n<p>Les Monstres est sans aucun doute une des plus belles satires de la soci\u00e9t\u00e9 italienne, croqu\u00e9e en une vingtaine de sketches avec un sens du d\u00e9tail et une ma\u00eetrise de la pointe assassine rarement \u00e9gal\u00e9e. Rien n\u2019\u00e9chappe \u00e0 l\u2019\u0153il lucide et d\u00e9mystificateur de Dino Risi, et l\u2019utilisation fr\u00e9quente du zoom appara\u00eet comme une signature, indiquant la pr\u00e9sence de cet \u0153il traquant la r\u00e9alit\u00e9 sous le jeu des apparences, per\u00e7ant le mensonge dans les d\u00e9tails. Qui sont ces \u00ab monstres \u00bb \u00e9pingl\u00e9s par le cin\u00e9aste ? De petits monstres, des monstres du quotidien, ceux que l\u2019on rencontre dans la vie de tous les jours\u2026 et, pourquoi pas, nous-m\u00eames\u2026 Ni Berlusconi, ni Bossi, que Dino Risi aurait aim\u00e9, pourtant, passer sous la lame de son ironie d\u00e9vastatrice. La politique, la religion, le cin\u00e9ma, le foot, l\u2019\u00e9ducation, tout y passe, dans ce floril\u00e8ge des travers de la soci\u00e9t\u00e9 italienne. De fait, c\u2019est bien l\u2019Italie et les Italiens qui sont ici sous le regard tendre et impitoyable de Dino Risi : les r\u00e9alisateurs des meilleures com\u00e9dies \u00e0 l\u2019italienne ont toujours su saisir avec acuit\u00e9 les vices et les qualit\u00e9s de leurs compatriotes, les sp\u00e9cificit\u00e9s du contexte socio-\u00e9conomique ou de la vie politique de l\u2019Italie de l\u2019apr\u00e8s-guerre et du boom \u00e9conomique. Mais il y a toujours aussi un peu de l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re derri\u00e8re le particulier ainsi mis en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Pour incarner ces \u00ab monstres \u00bb, Dino Risi fait appel \u00e0 deux acteurs qu\u2019il vient de mettre en sc\u00e8ne dans La Marche sur Rome : Ugo Tognazzi et Vittorio Gassman. Ils se livrent ici \u00e0 une prestation \u00e9blouissante, en duo ou en solo selon les sketches. Les Monstres s\u2019apparente \u00e0 un v\u00e9ritable exercice de style, un d\u00e9fi lanc\u00e9 \u00e0 deux acteurs \u00ab monstres \u00bb de la com\u00e9die \u00e0 l\u2019italienne, somm\u00e9s de d\u00e9montrer leurs talents de cam\u00e9l\u00e9ons. Ils s\u2019en donnent \u00e0 c\u0153ur joie et se donnent en spectacle avec une jubilation communicative. Car c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit : de spectacle. Les Monstres met en sc\u00e8ne toute sorte d\u2019individus qui ne cessent de se mettre en sc\u00e8ne, de mentir, de jouer la com\u00e9die. Le film s\u2019ouvre d\u2019ailleurs sur un sketch \u2013 \u00ab La bonne \u00e9ducation \u00bb \u2013 dans lequel un p\u00e8re (Ugo Tognazzi) apprend \u00e0 son fils \u00e0 resquiller, mentir, contourner les lois, tout en d\u00e9bitant force proverbes d\u2019honn\u00eate homme. Les personnages interpr\u00e9t\u00e9s par Gassman et Tognazzi jouent la com\u00e9die sans discontinuer : \u00e0 leurs ma\u00eetresses, \u00e0 leurs amis, \u00e0 leurs familles, aux journalistes, au pays tout entier.<\/p>\n<p>L\u2019un des grands plaisirs procur\u00e9s par ce film est de voir Vittorio Gassman et Ugo Tognazzi jouer sur des registres diff\u00e9rents. Apr\u00e8s tout, Gassman vient du th\u00e9\u00e2tre, il est pass\u00e9 par Shakespeare, tandis que Tognazzi est n\u00e9, comme acteur, dans les spectacles de vari\u00e9t\u00e9. Gassman incarne malgr\u00e9 lui une distinction aristocratique, qu\u2019il utilise ou fait voler en \u00e9clats gr\u00e2ce \u00e0 d\u2019invraisemblables travestissements. Ses apparitions sont autant de \u00ab\u00a0clous\u00a0\u00bb du film : il y incarne un monstrueux policier \u00e9dent\u00e9 (car ces monstres sont aussi laids physiquement que moralement), un avocat v\u00e9reux en perruque, un mutil\u00e9 de guerre exploitant un aveugle, un travesti faussement intello citant de la po\u00e9sie pour mettre un jeune \u00e9ph\u00e8be dans son lit, un pr\u00eatre hypocrite et pr\u00e9cieux soucieux uniquement de son apparence, un vieux boxeur sur le retour, etc. Le d\u00e9guisement semble lib\u00e9rer Vittorio Gassman qui repousse chaque fois plus loin les limites de sa parade d\u2019acteur. Mais le d\u00e9guisement, ce peut \u00eatre simplement son discours, son \u00ab\u00a0Verbe\u00a0\u00bb. Gassman fait de la rh\u00e9torique comme un habit qui l\u2019installe dans son r\u00f4le, et ses longs boniments de latin lover-roi des goujats, ses plaidoiries d\u2019avocat, ses pr\u00eaches de pr\u00eatre, sont de v\u00e9ritables morceaux d\u2019anthologie. L\u2019habit fait le moine, sans aucun doute : c\u2019est le propos du film que de mettre en sc\u00e8ne cette capacit\u00e9 des Italiens \u00e0 jouer la com\u00e9die. Les faux mutil\u00e9s de guerre trompent leur monde aussi ais\u00e9ment que les parlementaires confort\u00e9s dans leur r\u00f4le par leur dignit\u00e9 vestimentaire ou les avocats en perruque. Et l\u2019on cite moult proverbes et auteurs latins, \u00e7a en impose toujours un peu et \u00e7a rend cr\u00e9dible.<\/p>\n<p>Si Gassman fait le paon, Tognazzi joue sur un registre \u00e0 la fois plus discret, mais aussi plus complexe. Son physique est plut\u00f4t celui de l\u2019homme du peuple, qui joue la na\u00efvet\u00e9, voire la stupidit\u00e9, la mis\u00e8re etc., pour tromper son monde. Si Gassman et Tognazzi excellent dans les retournements de situation \u00e0 leur avantage, le premier le fait en paradant, le second d\u00e9veloppe un jeu plus retors. Dans \u00ab Le Pauvre Soldat \u00bb, il incarne le fr\u00e8re d\u2019une prostitu\u00e9e de luxe assassin\u00e9e, qui joue la d\u00e9tresse et la niaiserie afin de tirer du journal intime de sa s\u0153ur un maximum d\u2019argent en le vendant aux journalistes. Mais il est aussi, bien plus souvent que Gassman, le dindon de la farce, dans des sketches dont la morale pourrait \u00eatre \u00ab tel est pris qui croyait prendre \u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 partir d\u2019un th\u00e8me commun large \u2013 la monstruosit\u00e9 au quotidien, banale \u2013 le film joue la diversit\u00e9 avec virtuosit\u00e9. Chaque sketch poss\u00e8de son rythme propre, fait \u00e9clater le comique en un bref tableau ou laisse \u00e0 l\u2019ironie le temps d\u2019\u00e9clore dans un sc\u00e9nario plus d\u00e9velopp\u00e9. Selon les besoins de l\u2019effet comique, la mise en sc\u00e8ne joue sur le hors-champ pour pr\u00e9server l\u2019\u00e9l\u00e9ment comique le plus longtemps possible, ou sur le zoom pour nous le projeter sous les yeux. La longueur des plans sert parfaitement le comique : Dino Risi tire ainsi remarquablement parti du plan s\u00e9quence dans \u00ab La Victime \u00bb. Que Gassman et Tognazzi se donnent la r\u00e9plique ou occupent l\u2019espace seuls, le spectateur a sans cesse le sentiment que le sketch se cr\u00e9e sous ses yeux, dans un mouvement totalement libre et presque improvis\u00e9. L\u2019on sait que Dino Risi travaillait tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment ses sc\u00e9narios avec ses collaborateurs (rien de moins, ici, que le tandem Age-Scarpelli, Elio Petri, Ettore Scola et Ruggero Maccari), mais il donnait aussi aux acteurs une r\u00e9elle libert\u00e9 de jeu qui, dans un film \u00e0 sketches comme Les Monstres, est extr\u00eamement f\u00e9conde : l\u2019\u00e9mulation et la r\u00e9elle amiti\u00e9 qui existaient entre Gassman et Tognazzi est sensible dans chaque sketch. \u00c0 bien des \u00e9gards, \u00ab Le Noble Art \u00bb, dernier sketch du film, diff\u00e9rent des autres, par sa tonalit\u00e9 et sa longueur, rend hommage \u00e0 la complicit\u00e9 des deux acteurs. Dans les magnifiques derniers plans du film, Gassman, ancien boxeur retomb\u00e9 en enfance, s\u2019extasie devant un cerf-volant mani\u00e9 par Tognazzi, d\u00e9sormais responsable de son ancien ami. Les deux acteurs, en plan g\u00e9n\u00e9ral sur une plage d\u00e9serte, semblent avoir li\u00e9 leur destin.<\/p>\n<p>par Anne-Violaine Houcke<br \/>\nwww.critikat.com\/actualite-cine<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Dino Risi Avec : Vittorio Gassman Ugo Tognazi Sortie :1963 Dur\u00e9e 118 mn Les Monstres est sans aucun doute une des plus belles satires de la soci\u00e9t\u00e9 italienne, croqu\u00e9e en une vingtaine de sketches avec un sens du d\u00e9tail et une ma\u00eetrise de la pointe assassine rarement \u00e9gal\u00e9e. 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