{"id":1106,"date":"2015-10-20T10:53:27","date_gmt":"2015-10-20T09:53:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/?p=1106"},"modified":"2017-03-23T17:25:15","modified_gmt":"2017-03-23T16:25:15","slug":"reservoir-dogs-quentin-tarantino-la-violence-rpu-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/?p=1106","title":{"rendered":"R\u00e9servoir Dogs &#8211; Quentin Tarantino &#8211; \u00ab\u00a0La Violence\u00a0\u00bb RPU 2015"},"content":{"rendered":"<p>Jean-Jacques Sadoux<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><b>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0<\/b><b>Reservoir Dogs <\/b><b>(Quentin Tarantino, 1992)<\/b><\/p>\n<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p>(Extrait d\u2019un entretien avec\u00a0 Graham Fuller, paru dans <b>Projections <\/b>3<b>, avril<\/b> 1994)<\/p>\n<p>Graham Fuller\u00a0: <i>Quand vous vous \u00eates mis \u00e0 \u00e9crire <b>Reservoir Dogs<\/b> est ce que vous aviez en t\u00eate une structure ou une strat\u00e9gie\u00a0?<\/i><\/p>\n<p>Quentin Tarantino\u00a0: Absolument. Je voulais que tout le film soit sur un \u00e9v\u00e9nement que l\u2019on ne voit pas, et je voulais qu\u2019il se d\u00e9roule enti\u00e8rement \u00e0 l\u2019endroit du rendez-vous dans un entrep\u00f4t- ce qui aurait dur\u00e9 normalement dix minutes dans un film de braquage. Je voulais que tout le film se d\u00e9roule l\u00e0 et jouer avec une v\u00e9ritable horloge marquant le temps et non pas avec\u00a0 le tictac d\u2019une horloge de cin\u00e9ma. Je voulais aussi pr\u00e9senter ces types dans toute une s\u00e9rie d\u2019\u00e9pisode. Comme quand on lit un livre, vous lisez que Moe, Larry et Curly (1) font des choses dans le premier, le second et le troisi\u00e8me chapitre, et puis le quatri\u00e8me chapitre est sur Moe cinq ans au paravant. Puis, quand le chapitre est termin\u00e9, vous vous retrouvez au c\u0153ur de l\u2019action \u00e0 nouveau, mais vous en savez un peu plus sur ce type qu\u2019avant.<\/p>\n<p>G.F.\u00a0<i>: Est-ce que vous avez fait un travail de r\u00e9 \u00e9criture sur<\/i> <b>Reservoir Dogs<\/b>\u00a0?<\/p>\n<p>Q.T.\u00a0: Pas vraiment. Je l\u2019ai \u00e9crit tr\u00e8s vite, et six mois apr\u00e8s nous le tournions. Apr\u00e8s la premi\u00e8re mouture, le grand changement que j\u2019ai introduit c\u2019est la sc\u00e8ne o\u00f9 Mr. Orange est aux toilettes en train de raconter son histoire \u2013 c\u2019est toute la s\u00e9quence de formation du flic infiltr\u00e9. Je l\u2019avais \u00e9crite avant et puis au moment d\u2019assembler le sc\u00e9nario j\u2019ai pens\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Personne ne s\u2019int\u00e9resse \u00e0 \u00e7a, ils veulent retourner \u00e0 l\u2019entrep\u00f4t.\u00a0\u00bb Aussi je l\u2019ai retir\u00e9e et mis dans un tiroir. Mais quand on a essay\u00e9 de faire le film je l\u2019ai reprise et lue et je me suis dit\u00a0: \u00ab\u00a0Quentin tu es dingue\u00a0! C\u2019est vraiment bon. Il faut l\u2019inclure \u00e0 nouveau.\u00a0\u00bb C\u2019est le seul changement dans la seconde mouture.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai aussi pas arr\u00eat\u00e9 de changer qui dit quoi dans la sc\u00e8ne d\u2019ouverture. C\u2019est le passage qui a \u00e9t\u00e9 le plus remani\u00e9. A un moment c\u2019\u00e9tait Mr. Blonde qui disait quelque chose, et \u00e0 un autre moment c\u2019\u00e9tait Mr. Blanc qui le disait, et\u00a0 un tel disait \u00e7a et un autre disait autre chose. Je n\u2019arr\u00eatais pas d\u2019\u00e9changer les r\u00e9pliques. C\u2019est vraiment marrant, parce que quand je regarde \u00e7a maintenant on ne dirait pas qu\u2019il y a eu tous ces changements. Mais peut \u00eatre que \u00e7a \u00e9t\u00e9 une bonne chose que je le fasse \u2013 parce que finalement\u00a0 ceux qui disent les bonnes choses sont ceux qui devaient les dire.<\/p>\n<p>G.F.\u00a0: <i>Est-ce que vous avez d\u00fb mettre des choses au point pendant le tournage<\/i>\u00a0?<\/p>\n<p>Q.T.\u00a0: La seule chose que j\u2019ai faite \u00e7a \u00e9t\u00e9 de peaufiner un peu apr\u00e8s les auditions, parce que c\u2019est \u00e0 ce moment qu\u2019on se rend compte quelles r\u00e9pliques ne sonnent pas bien. Alors je m\u2019en \u00a0d\u00e9barrasse. Ou alors il arrive aux acteurs soit d\u2019improviser volontairement, soit de dire accidentellement quelque chose qui\u00a0 quelque fois est\u00a0 dr\u00f4le.<\/p>\n<p>(1) Moe, Larry et Curry sont les h\u00e9ros d\u2019une s\u00e9rie cin\u00e9matographique comique \u00a0\u00a0qui s\u2019\u00e9tale sur trois d\u00e9cennies (ann\u00e9es trente \u00e0 cinquante) et qui est devenue culte : \u00a0<b>The Three<\/b> <b>Stooges.<\/b> Reprise abondamment par la t\u00e9l\u00e9vision am\u00e9ricaine elle fait partie du fond culturel que Quentin Tarantino a toujours revendiqu\u00e9 comme \u00e9tant celui qui a form\u00e9 sa personnalit\u00e9 de metteur en sc\u00e8ne. (NDRL)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Quentin Tarantino parle du r\u00f4le et de l\u2019importance de la violence dans ses films\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>G.F.\u00a0: <i>Est-ce que vous pensez que vos sc\u00e9narios offrent une sorte de tribune l\u00e9gitime \u00e0 la violence\u00a0?<\/i><\/p>\n<p>Q.T.\u00a0<i>: <\/i>Je ne vois pas les choses tout \u00e0 fait comme \u00e7a. Je ne prends\u00a0 pas la violence tr\u00e8s au s\u00e9rieux. Je trouve la violence tr\u00e8s dr\u00f4le, en particulier dans les histoires que j\u2019ai racont\u00e9es r\u00e9cemment. La violence fait partie de ce monde et je suis attir\u00e9 par l\u2019aspect choquant de la violence dans la vraie vie. Ce ne sont pas des gens que l\u2019on jette d\u2019h\u00e9licopt\u00e8res ou de trains lanc\u00e9s \u00e0 toute vitesse, ou m\u00eame de terroristes d\u00e9tournant quoique ce soit. La violence dans la vraie vie, c\u2019est quand vous \u00eates\u00a0 au restaurant et qu\u2019un homme et une femme se disputent et tout d\u2019un coup le type est tellement furieux contre elle qu\u2019il prend une fourchette et la lui plante dans le visage. C\u2019est vraiment dingue et \u00e7a a un c\u00f4t\u00e9 BD- mais c\u2019est le genre de choses qui arrive aussi\u00a0; c\u2019est comme \u00e7a que la violence v\u00e9ritable arrive brutalement et en hurlant sous vos yeux dans le quotidien. Je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019acte, \u00e0 la mani\u00e8re dont elle \u00a0explose, et tout ce qui va se passer apr\u00e8s. Qu\u2019est-ce qu\u2019on fait apr\u00e8s \u00e7a\u00a0? Est-ce qu\u2019on tabasse le gars qui a bless\u00e9 la femme\u00a0? Est-ce qu\u2019on les s\u00e9pare\u00a0? Est-ce qu\u2019on appelle les flics\u00a0? Est-ce qu\u2019on se fait rembourser parce que \u00e7a nous a g\u00e2ch\u00e9 le repas\u00a0? Ce qui m\u2019int\u00e9resse, c\u2019est de r\u00e9pondre \u00e0 toutes ces questions.<\/p>\n<p>G.F.\u00a0<i>: Que pensez-vous de l\u2019esth\u00e9tique visuelle de la violence qui semble omni pr\u00e9sente dans vos films\u00a0? Dans les films de John Woo, par exemple, la violence est agr\u00e9able \u00e0 contempler si on l\u2019accepte comme\u00a0 genre\u00a0 de violence stylis\u00e9 comme dans une \u00a0BD.<\/i><\/p>\n<p>Q.T.\u00a0: Eh bien, comme je disais, je prends mon pied dans la violence au cin\u00e9ma. Ce qui est emb\u00eatant \u00a0dans les films, c\u2019est que peu importe jusqu\u2019o\u00f9 on va, quand il s\u2019agit de violence on porte une paire de menottes que, par exemple, un romancier lui n\u2019a pas. Un \u00e9crivain comme Carl Hiessen peut faire ce qu\u2019il veut. Plus c\u2019est choquant, meilleur c\u2019est pour ses livres. Au cin\u00e9ma on n\u2019a pas cette libert\u00e9.<\/p>\n<p>G.F.\u00a0: <i>Lorsque je vous ai demand\u00e9 si vos films offraient une tribune l\u00e9gitime \u00e0 la violence, ce que je voulais dire c\u2019est que \u2013 dans des limites raisonnable bien sur \u2013 on peut accepter de voir sur l\u2019\u00e9cran des choses qui ne sont pas acceptables dans la vraie vie.<\/i><\/p>\n<p>Q.T.\u00a0: Oh, je suis absolument d\u2019accord avec \u00e7a. Pour moi la violence est un sujet totalement esth\u00e9tique. Quand on dit qu\u2019on n\u2019aime pas la violence dans les films, c\u2019est comme quand on dit qu\u2019on ne supporte pas les s\u00e9quences dans\u00e9es\u00a0 au cin\u00e9ma. J\u2019aime bien les passages dans\u00e9s dans les films, mais si je ne les aimais pas, \u00e7a ne voudrait pas dire qu\u2019il ne faudrait plus en tourner. Quand on tourne des sc\u00e8nes violentes au cin\u00e9ma, il y a plein de gens qui n\u2019aiment pas, parce que c\u2019est un sommet qu\u2019ils ne peuvent pas gravir. Et ce ne sont pas des idiots, ce n\u2019est pas leur truc simplement. Et on les force pas \u00e0 y aller, il y a plein d\u2019autres choses qu\u2019ils peuvent voir. Si vous pouvez escalader ce sommet, alors je vais vous donner quelque chose \u00e0 escalader.<\/p>\n<p>G.F.\u00a0: <i>Les notions conventionnelles de morale sont redues compliqu\u00e9es dans vos films. Vous donnez \u00e0 vos personnages la permission de tuer.<\/i><\/p>\n<p>Q.T.\u00a0: Je n\u2019essaie pas de pr\u00eacher une morale quelconque ou faire passer un message, mais en d\u00e9pit de toute la sauvagerie que l\u2019on trouve dans mes films, je pense qu\u2019ils m\u00e8nent habituellement \u00e0 une conclusion morale. Par exemple, je trouve que le dialogue \u00a0entre\u00a0 Mr.Blanc et Mr. Orange \u00e0 la fin de <i>Reservoir Dogs <\/i>est tr\u00e8s \u00e9mouvant et profond dans sa dimension morale et son \u00e9change humain.<\/p>\n<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p>Traduit de l\u2019am\u00e9ricain par Jean-Jacques Sadoux<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean-Jacques Sadoux<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1106","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-contributions"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1106","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1106"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1106\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1109,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1106\/revisions\/1109"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1106"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1106"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1106"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}