{"id":996,"date":"2014-10-22T15:41:55","date_gmt":"2014-10-22T14:41:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/?p=996"},"modified":"2015-09-16T18:29:11","modified_gmt":"2015-09-16T17:29:11","slug":"la-mort-dun-cycliste-24-mars-2015-20-h-30","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/?p=996","title":{"rendered":"La mort d&rsquo;un cycliste&#8212;&#8212;-24 mars 2015 &#8211; 20 h 30"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1003\" alt=\"Mort d'un cycliste\" src=\"http:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/10\/Mort-dun-cycliste.jpg\" width=\"200\" height=\"266\" \/><\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<th scope=\"row\">Titre original<\/th>\n<td><cite>Muerte de un ciclista<\/cite><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<th scope=\"row\">R\u00e9alisation<\/th>\n<td><a title=\"Juan Antonio Bardem\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Juan_Antonio_Bardem\">Juan Antonio Bardem<\/a><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<th scope=\"row\">Sc\u00e9nario<\/th>\n<td>Luis F. de Igoa<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<th scope=\"row\">Acteurs principaux<\/th>\n<td>\n<div>\n<p><a title=\"Luc\u00eda Bos\u00e9\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Luc%C3%ADa_Bos%C3%A9\">Luc\u00eda Bos\u00e9<\/a><br \/>\n<a title=\"Alberto Closas (page inexistante)\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/w\/index.php?title=Alberto_Closas&amp;action=edit&amp;redlink=1\">Alberto Closas<\/a><br \/>\n<a title=\"Carlos Casaravilla (page inexistante)\" href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/w\/index.php?title=Carlos_Casaravilla&amp;action=edit&amp;redlink=1\">Carlos Casaravilla<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<th scope=\"row\">Pays d\u2019origine<\/th>\n<td>Espagne<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Dur\u00e9e\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 88 mn<br \/>\nAnn\u00e9e de sortie\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 1955<\/p>\n<p>Il y a quelque chose de pourri au pays de Franco<br \/>\nLe 24 avril, Tamasa Distribution a ressorti en salles et en version restaur\u00e9e Mort d\u2019un cycliste, chef-d\u2019\u0153uvre de Juan Antonio Bardem. L\u2019occasion de d\u00e9couvrir ou red\u00e9couvrir un film majeur du cin\u00e9ma espagnol, Prix FIPRESCI (prix de la critique internationale) au Festival de Cannes 1955.<br \/>\nDans les ann\u00e9es 50, le cin\u00e9ma espagnol brillait par son absence \u00e0 l&rsquo;international; selon l&rsquo;expression de Georges Sadoul, l&rsquo;Espagne \u00e9tait devenue \u00ab la Grande Muette \u00bb de l&rsquo;Europe. La censure franquiste avait plong\u00e9 la production dans la m\u00e9diocrit\u00e9 et \u00e0 force de films patriotiques, \u00e9difiants ou folkloriques, le cin\u00e9ma espagnol \u00e9tait devenu \u00ab politiquement inefficace, socialement faux, intellectuellement informe, esth\u00e9tiquement nul, industriellement rachitique. \u00bb\u00b9. Ce verdict impitoyable fut rendu par Juan Antonio Bardem lui-m\u00eame lors des Conversations de Salamanque. Tenues en mai 1955, ces rencontres r\u00e9unirent des artistes conscients du r\u00f4le essentiel du 7e art : \u00ab Le cin\u00e9ma est la force de communication et d&rsquo;entente humaine la plus efficace qu&rsquo;ait produite notre civilisation. (&#8230;) Le probl\u00e8me du cin\u00e9ma espagnol vient de ce qu&rsquo;il ne pose pas de probl\u00e8mes, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas le t\u00e9moin que notre \u00e9poque exige de toute cr\u00e9ation humaine. Donner un contenu au corps vide du cin\u00e9ma espagnol doit \u00eatre notre but.\u00bb.<br \/>\nC&rsquo;est \u00e0 cette t\u00e2che que s&rsquo;est attel\u00e9 Juan Antonio Bardem d\u00e8s ses d\u00e9buts. Destin\u00e9 \u00e0 une carri\u00e8re d&rsquo;ing\u00e9nieur agronome, il est vite rattrap\u00e9 par son milieu familial : fils d&rsquo;un couple d&rsquo;acteurs, Rafael Bardem et Matilde Mu\u00f1oz, il est aussi le fr\u00e8re de Pilar Bardem et l&rsquo;oncle de Javier. Influenc\u00e9 par le n\u00e9o-r\u00e9alisme italien alors \u00e0 son apog\u00e9e, il co-r\u00e9alise en 1951 son premier long-m\u00e9trage avec Luis Garc\u00eda Berlanga, Ce couple heureux. Sa collaboration avec Berlanga se poursuivra avec la com\u00e9die Bienvenue Mr Marshall (1952), qu&rsquo;il sc\u00e9narisera. Puis leurs chemins se s\u00e9pareront, Berlanga poursuivant dans la veine satirique, tandis que Bardem, \u00e0 partir de Joyeuses P\u00e2ques (1954), durcira le ton, descendant dans la rue, entrant dans les maisons pour filmer l&rsquo;Espagne de la faim, de la mis\u00e8re, du froid et des taudis, jusqu&rsquo;alors absente des \u00e9crans, \u00ab une image l\u00e9preuse et sale, d\u00e9labr\u00e9e et violente, d&rsquo;une Espagne qu&rsquo;on nous disait sans conflits \u00bb\u00b2. Son appartenance au Parti Communiste, alors clandestin, sa critique acerbe de la soci\u00e9t\u00e9 franquiste lui vaudront de nombreux d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec la censure. L&rsquo;un des seuls avec Berlanga \u00e0 faire des films ouvertement politiques, Bardem incarnera d\u00e8s lors la dissidence culturelle dans son pays. Deux autres r\u00e9compenses confirmeront son talent: \u00e0 Venise pour Grand-Rue (1956), \u00e0 Cannes pour La Vengeance (1958).<br \/>\nUn tournant dans le cin\u00e9ma espagnol<br \/>\nMort d&rsquo;un cycliste marquera une date importante dans la renaissance du cin\u00e9ma espagnol et sera l&rsquo;un des premiers films \u00e0 le tirer de son marasme international. Sept ans apr\u00e8s Le Voleur de bicyclette, de Vittorio de Sica, Bardem place \u00e0 son tour un v\u00e9lo au centre de l&rsquo;intrigue, mais hormis une courte sc\u00e8ne dans les quartiers populaires madril\u00e8nes, l&rsquo;esth\u00e9tique de son film reste \u00e9loign\u00e9e du n\u00e9o-r\u00e9alisme. Sa mise en sc\u00e8ne est davantage un m\u00e9lange de formalisme glac\u00e9 (cadrages sophistiqu\u00e9s, photographie raffin\u00e9e du chef op\u00e9rateur Alfredo Fraile) et d&rsquo;expressionnisme. Utilisation de la profondeur de champ et des gros plans, tournage en studio, jeu parfois outr\u00e9 des acteurs \u00e0 la fa\u00e7on du muet, physique \u00e0 la Peter Lorre du ma\u00eetre chanteur (Carlos Casaravilla), montage \u00e0 contrepoint, raccords symboliques donnent au film une grande fluidit\u00e9, les images se succ\u00e9dant sans aucun temps mort et faisant exploser le classique d\u00e9coupage en s\u00e9quences. Cette extr\u00eame stylisation \u2013influence d&rsquo;Orson Welles et de Sergue\u00ef Eisenstein\u2013 donna lieu \u00e0 de nombreuses critiques \u00e0 la sortie du film, notamment d&rsquo;Andr\u00e9 Bazin, pour qui la \u00ab virtuosit\u00e9 pleine de bluff et d&rsquo;astuce \u00bb de Bardem devait trop souvent \u00ab au hasard \u00bb, et son utilisation \u00ab monotone et primaire \u00bb de proc\u00e9d\u00e9s cherchait \u00ab trop souvent l&rsquo;effet pour l&rsquo;effet \u00bb.<br \/>\nLe portrait d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 corrompue<br \/>\nL&#8217;emphase et la dramatisation de Mort d&rsquo;un cycliste en agaceront certainement plus d&rsquo;un. Pourtant, ces choix esth\u00e9tiques viennent renforcer le propos: le film d\u00e9non\u00e7ant les m\u0153urs abjectes de la bourgeoisie franquiste, ces artifices ostentatoires s&rsquo;accordent parfaitement avec les faux-semblants et le mensonge qui r\u00e9gissent cette soci\u00e9t\u00e9. La beaut\u00e9 glac\u00e9e de Mar\u00eda Jos\u00e9, incarn\u00e9e par l&rsquo;italienne Lucia Bos\u00e9, dissimule la hideur morale d&rsquo;une femme sans scrupules, pr\u00eate \u00e0 toutes les ignominies pour conserver sa position sociale, plus soucieuse du scandale public que rong\u00e9e par la culpabilit\u00e9. Juan (Alberto Closas), qui doit son poste de professeur d&rsquo;universit\u00e9 \u00e0 ses relations familiales, profite d&rsquo;un syst\u00e8me qui l\u00e9gitime le n\u00e9potisme. Le mari de Mar\u00eda Jos\u00e9, riche industriel, ferme les yeux sur l&rsquo;adult\u00e8re de son \u00e9pouse car il sait qu&rsquo;elle ne le quittera pas. Le ma\u00eetre chanteur est un critique d&rsquo;art contraint de vivre aux crochets d&rsquo;une bourgeoisie dont il est le laquais. Tous sont des l\u00e2ches, soumis \u00e0 un r\u00e9gime qui a pourri une soci\u00e9t\u00e9 en pleine d\u00e9bandade morale, \u00e0 une Espagne de parvenus qui a \u00e9cras\u00e9 ceux d&rsquo;en bas, tout comme Mar\u00eda Jos\u00e9 a \u00e9cras\u00e9 le cycliste anonyme du d\u00e9but. L&rsquo;itin\u00e9raire tragique des personnages principaux t\u00e9moigne de la vision extr\u00eamement noire que porte Bardem sur la soci\u00e9t\u00e9 espagnole, noirceur renforc\u00e9e par des sc\u00e8nes en ext\u00e9rieur syst\u00e9matiquement tourn\u00e9es sous un ciel mena\u00e7ant, sous la pluie, voire la nuit.<br \/>\nFace \u00e0 ce portrait au vitriol de la bourgeoisie franquiste, une question se pose : comment la censure a-t-elle autoris\u00e9 un tel r\u00e9quisitoire ? Tout simplement parce que, comme l&rsquo;\u00e9crivait Marcel Oms, \u00ab si on s&rsquo;en tient au seul sc\u00e9nario, Mort d&rsquo;un cycliste est un film sur le remords, le p\u00e9ch\u00e9, le sentiment de culpabilit\u00e9 et le ch\u00e2timent. En un mot un film r\u00e9actionnaire et chr\u00e9tien, donc franquiste. Or c&rsquo;est la grande habilet\u00e9 de Bardem d&rsquo;avoir li\u00e9 le probl\u00e8me de la culpabilit\u00e9 \u00e0 celui d&rsquo;une classe sociale bien d\u00e9termin\u00e9e. La v\u00e9ritable faute de Juan ce n&rsquo;est pas d&rsquo;avoir tu\u00e9 un cycliste, c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre un parvenu du r\u00e9gime. La v\u00e9ritable faute de Mar\u00eda Jos\u00e9 ce n&rsquo;est pas d&rsquo;\u00eatre une femme adult\u00e8re, c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;\u00e9pouse d&rsquo;un profiteur du r\u00e9gime et de vouloir le rester. Ainsi chacun des personnages du film a-t-il plus une valeur de symbole qu&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 psychologique \u00bb. La fin moralisatrice du film, impos\u00e9e par la censure franquiste, punit les coupables comme il se doit, mais l&rsquo;essentiel est ailleurs: l&rsquo;image ultime de Mort d&rsquo;un cycliste, o\u00f9 les r\u00f4les se voient invers\u00e9s et la boucle boucl\u00e9e, symbolise le r\u00e9veil moral, la revanche de l&rsquo;Espagne de demain et l&rsquo;espoir du renouveau. Le cin\u00e9ma espagnol doit une fi\u00e8re chandelle \u00e0 Juan Antonio Bardem. Ce n&rsquo;est pas pour rien que l&rsquo;Acad\u00e9mie lui a d\u00e9cern\u00e9 un Goya d&rsquo;honneur pour l&rsquo;ensemble de son \u0153uvre en 2002.<br \/>\n(1) Extrait de l\u2019intervention \u00ab Sur la situation actuelle de notre cin\u00e9ma \u00bb, tenue lors des Conversations Cin\u00e9matographiques de Salamanque en mai 1955, publi\u00e9e dans la revue Objetivo n\u00b06 en juin 1955.<br \/>\n(2) Extraits de Premier Plan, \u00ab Juan Bardem par Marcel Oms \u00bb<br \/>\nChristelle Guignot<br \/>\nCineSpagne.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Titre original Muerte de un ciclista R\u00e9alisation Juan Antonio Bardem Sc\u00e9nario Luis F. de Igoa Acteurs principaux Luc\u00eda Bos\u00e9 Alberto Closas Carlos Casaravilla Pays d\u2019origine Espagne Dur\u00e9e\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 88 mn Ann\u00e9e de sortie\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 1955 Il y a quelque chose de pourri au pays de Franco Le 24 avril, Tamasa Distribution a ressorti en salles et en <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/?p=996\">Lire plus &#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1000,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"class_list":["post-996","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/996","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=996"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/996\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1001,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/996\/revisions\/1001"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1000"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=996"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=996"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cineclubdubelvedere.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=996"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}