Film de Akira Kurozawa sorti en 1976.
En 1902, Vladimir Arseniev, accompagné d’une poignée d’hommes, est chargé de faire le relevé topographique de la région d’Oussouri, située à l’est de la Sibérie, à la frontière de la Chine. Dans la taïga sibérienne, Arseniev fait la connaissance d’un étrange petit homme aux yeux bridés. C’est Dersou Ouzala, un sage et habile trappeur qui, connaissant parfaitement la région, devient le guide de l’expédition.
Ce soir, nous projetons un film rare dans la carrière de Kurosawa. On associe souvent le cinéaste japonais aux samouraïs, aux batailles et aux ciels d’orage. Dersou Ouzala est tout autre chose : un film de silence, d’espace et d’amitié.
Revenons à son contexte. En 1971, Kurosawa, miné par l’échec de Dodes’ka-den, tente de mettre fin à ses jours. Le cinéma japonais ne veut plus de lui. C’est l’Union soviétique qui lui tend la main. Il part tourner en Sibérie, avec les studios Mosfilm, un projet qu’il porte en lui depuis des années.
Ce projet est l’adaptation des récits de Vladimir Arseniev, un explorateur russe qui a réellement existé. Au début du XXe siècle, il cartographie la région de l’Oussouri. Il y rencontre Dersou, un vieux chasseur goldi, qui lit la forêt comme nous lisons un livre.
Le film raconte cette rencontre. Dersou guide l’expédition, lui sauve la vie, et une amitié profonde naît entre ces deux hommes que tout sépare. Pour lui, le vent, l’eau, le feu et le tigre sont des « hommes » à respecter. Pour l’officier, ce sont des phénomènes à mesurer. Tout le film vit de ce dialogue entre deux regards sur le monde.
Soyez attentifs à la mise en scène. Kurosawa a tourné en 70 mm, pour donner à la taïga une ampleur presque physique. Deux scènes resteront gravées : la tempête de neige, où il faut survivre en improvisant un abri dans les herbes, et la nuit sur le lac gelé.
Vous remarquerez aussi le rythme. Le film prend son temps, laisse respirer les paysages et les silences. Ce n’est pas de la lenteur, c’est une manière de nous faire entrer dans le temps de la nature.
Derrière l’aventure se pose une question douce-amère : que devient l’homme libre quand la civilisation avance ? La dernière partie, en ville, est d’une grande tristesse, et je n’en dis pas plus.
Le film a remporté le Grand Prix du festival de Moscou, puis l’Oscar du meilleur film étranger en 1976. Il a surtout offert à Kurosawa un nouveau départ, qui mènera à Kagemusha et Ran.
Film complet re mastérisé
La séance du samedi 10 octobre 2026 a été un joli succès par sa participation et l’accueil du public. Il était présenté en lien avec l’exposition d’Hervé Frumy à l’espace culturel Jeanine Creyssels de Saint Martin d’Uriage. Film présenté par Thierry Duchêne.

