Un film de Mikhaïl Kalatozov (1957) présenté par Geneviève Troyes
Palme d’or à Cannes en 1958, Quand passent les cigognes est sorti au cinéma en 1957. Le film de Mikhaïl Kalatozov est inspiré d’une pièce de théâtre écrite durant la Seconde Guerre mondiale par un dramaturge russe, Viktor Rozov. En dehors de ses qualités esthétiques, Quand passent les cigognes est considéré comme un symbole du dégel du système soviétique à l’époque de Khrouchtchev.
Pour les critiques du « Masque et la plume », il marque le renouveau du cinéma soviétique.Radio France
À Moscou, en 1941, le guerre vient brutalement séparer deux jeunes amoureux sur le point de se marier.
wikipedia
Une belle analyse du film sur Transmettre le cinéma
Une analyse de séquence avec le CNC
Mikhail (Konstantinovitch) Kalatozov / Quand passent les cigognes
Ce film couronné à Cannes en 1958 est un grand classique et une leçon de vie, réalisé par le cinéaste russe Mikhail Kalatozov (Tbilissi 1903-Moscou 1973). Entre drame, romance et guerre, le film a été remarqué pour ses ambitions esthétiques et pour les sensations inaccoutumées que l’on éprouve en le regardant, pour l’investissement subjectif maximum qu’il manifeste.
Deux amoureux, Véronika et Boris, à la veille de l’entrée de la Russie dans la seconde guerre mondiale… Boris s’engage, et les mois passent. Le cousin de Boris, Mark, un pianiste qui a triché pour éviter la conscription, poursuit Véronika de ses assiduités et …que va-t-il se passer sur le champ de bataille et à la fin de la guerre au retour des soldats ? Il n’est de vie réussie qu’au service des autres. La leçon de morale du film semble un peu décalée et désuète aujourd’hui en regard de l’actualité mondiale et dans l’ère de l’individualisme hédoniste dans lequel nous vivons. La palme d’or « pour son humanisme, pour son unité et sa haute qualité artistique » est devenu l’emblème de dégel de l’union soviétique sous Nikita Khrouchtchev après la mort de Staline en 1953. Le mot dégel est aussi le nom d’un roman de Llya Ehrenbourg dont une des péripéties est d’ailleurs proche du canevas de Kalatozov, le héros a perdu son grand amour à la guerre de façon absurde et injuste (1954 section « prose » de l’Union des écrivains soviétiques fût convoquée pour en débattre du scandale provoqué en URSS et à l’étranger).
Cinéaste soviétique (Tbilissi 1903-Moscou 1973). Biographie
Mikhail Kalatozov est un réalisateur d’origine géorgienne né le 28 décembre 1903 dans l’Empire russe à Tbilissi. Après avoir suivi des études d’économie, il reçoit en 1937 le diplôme de l’Académie des Arts de Leningrad. Il débute au cinéma comme acteur puis poursuit comme opérateur. Il réalise sa première œuvre majeure en 1930, Le Sel de Svanétie. En 1932, son film Le Clou dans la botte est interdit étant taxé de négativisme par les autorités suprêmes. De 1941 à 1945, en pleine Seconde Guerre mondiale qui réduit l’activité cinématographique en URSS, il devient attaché culturel à Los Angeles. Il reviendra dans son pays à la fin de la guerre et sera nommé vice-ministre du cinéma de l’URSS. Le prix Staline de 2e classe lui est décerné en 1950, pour le film Le Complot des condamnés. Le film recevra également un prix spécial de la Paix au Festival international du film de Karlovy Vary la même année. Kalatozov remporte la Palme d’or du Festival de Cannes en 1958 avec Quand passent les cigognes qui lui confère un succès international. Le film ( entre drame, romance et guerre) remporte également l’Oscar du meilleur film étranger à Hollywood. Le réalisateur russe se voit couronné pour une œuvre à part dans sa filmographie. Son avant-dernier film Soy Cuba (1964) traitant de la révolution cubaine est oublié puis est redécouvert dans les années 1990. En 1967, il devient réalisateur aux studios Mosfilm. Il meurt le 27 mars 1973 à Moscou.
Le cinéma et les théories de la révolution soviétique
Le pouvoir en URSS a toujours eu conscience de l’utilisation qu’il peut faire du cinéma et s’attache surtout aux sensations humaines élémentaires : joie, douleur, amour, haine, en mélangeant réalisme et aventures épiques. Le pouvoir organise la production, fonde des instituts de cinéma, des lieux d’apprentissage pour futurs cinéastes. Lénine en particulier – qui apparait dans le film sous la forme d’un petit buste posé sur le bureau de Boris – a non seulement marqué la révolution politique mais a créé la possibilité d’un véritable art, d’objet pur, en créant en 1934 un mouvement artistique fondamentalement nouveau.
Mikhail Kalatozov comme la plupart les cinéastes russes veulent provoquer dans un public encore inculte un choc, en vue d’une prise de conscience idéologique.
Eisenstein « l’oeuvre d’art laboure le psychisme du spectateur dans un orientation de classe donnée ». Mikhail Kalatozov comme la plupart les cinéastes russes veulent provoquer dans un public encore inculte un choc, en vue d’une prise de conscience idéologique.
Influencés par les arts d’avant-gardes, D. Vertov (inventeur du kino-Pravda, L’homme à la 1929) L. Kouléchov (institut dans lequel il remonte des vieux films, montage), Poudovkine, Eisenstein (création de règles d’assemblage, association de fragments du réel sur le mode du conflit), le concept est traduit par le montage « intellectuel ». Les cinéastes russes après la révolution de 1917 veulent d’abord signifier les idées dans un but didactique car ils s’adressent à un public en grande partie illettré.
La production visuelle entre schéma mental et visuel crée cette condition paradoxale où la forme extrême du matérialisme entre dans sa phase « mystique ». Le cinéma qui en résulte cherche à unir matérialisme et idéalisme, à combler les fossés entre rationalisme et romantisme.
La technique autour du film et la troisième dimension
La virtuosité des mouvements de caméra sert un certain « mentalisme » en tant qu’illustrations directes des perceptions et pensées des personnages.
Dans le sens d’emplacement de la caméra, Kalatozov filme deux beaux interprètes Tatiana Samoïlova et Alexandre Batazlov dans un style flamboyant. L’histoire se raconte avec un ensemble de points de vue époustouflants. Et toutes les positions de la caméra charrient leur lot de connotations et symboles. Le cadreur Kalatozov évolue dans un monde en trois dimensions avec des perspectives, une lumière et des ombres éclatantes. Il joue avec le point de vue du spectateur invisible (témoin impartial) mais aussi le point de vue du personnage subjectif (filtration par le regard). Ses motivations sont parfois psychologiques et purement plastiques. Il ose centrer et décentrer, alterne l’approche et le recul, le cadrage et le décadrage, le passage d’un temps à l’autre, le héros seul dans la foule, angles, trucages, surimpression, déplacement par de risqués travellings…






